Innovation pédagogique ? Le quotidien d’un hors-la-loi…

Innovation… Innovation, c’est bien de ce mot que provient la lettre I de ce fameux acronyme ECLAIR, non ? Justement, les écoles avec lesquelles je travaille depuis trois ans sur Colmar, et celle où je travaille principalement depuis la dernière rentrée font parties d’un réseau ECLAIR…

Et pourtant… Dangereux enseignant innovant, c’est en hors-la-loi que j’exerce !

Grâce à un partenariat établit entre l’association Projetice (http://projetice.fr/) dont je suis membre et Smart Interactive, j’ai été doté par Smart, depuis trois ans, d’un TNi tactile (tableau numérique interactif), que, vu l’itinérance de mon travail de maître spécialisé, j’avais choisi «portable». C’est en partie avec ce TNi que sont nés les Petits Dictionnaires des P@reils, projet déjà plusieurs fois mis à l’honneur. C’est aussi ce TNI qui m’a permis de faire entrer les TICES dans les classes pour présenter, mettre en valeur, le travail des élèves avec lesquels j’interviens. Ces interventions ont par ailleurs participé à pousser certains collègues à être candidats pour une dotation municipale de TNi à la dernière rentrée.

Mais ne dites cela à personne, car je sais maintenant que c’est hors-la-loi que j’ai exercé!

Et oui, car un TNi mobile, voyez-vous, cela signifie forcément un vidéo-projecteur posé quelque part pour projeter l’image de l’ordinateur… Et celui-ci doit être alimenté en électricité ! Ouille… Un câble électrique qui «traîne» au sol: pas aux normes!

Mais bon, de toute façon, j’étais déjà grillé, puisque l’ordinateur que je branchais sur le TNi est mon ordinateur portable personnel. Et oui, comme les ordinateurs portables sont des «gadgets inutiles» pour certains responsables politiques locaux, il fallait bien frauder, et venir avec son propre matériel…

Ayant donc innové et travaillé hors-la-loi durant ces années, pour aider au mieux les élèves en grande difficulté et les équipes, pour essayer de diffuser l’innovation pédagogique et le fruit de mes recherches, je fus relativement ravi de disposer à la rentrée 2011, suite à une redistribution des postes spécialisés, d’une salle de classe dans laquelle j’allais pouvoir poser un peu mon matériel itinérant.

Et comme la salle disposait de deux prises Ethernet sur le mur du fond pour connecter les ordinateurs au réseau, il ne restait qu’à installer !

Quelques vis, et hop, le support mural pour le TNi était fixé par un concierge bienveillant. Et puisque l’installation pouvait maintenant être semi-fixe (il faut tout de même que je puisse encore déplacer le TNi de temps en temps dans les classes) il me suffisait de trouver comment installer le vidéo-projecteur et l’unité centrale fixe de la classe (plus besoin d’utiliser mon portable!) de façon sécurisée. Voilà la solution choisie, qui nous permet de ne pas être gêné par les câbles.

Et puisque je disposais de deux autres unités centrales, il me suffisais de les installer dans le fond de la classe, comme cela est le cas dans les classes du cycle III de l’autre bâtiment de mon établissement (une école primaire de plus de dix classes). Enthousiasmé par ma démarche, et plein de bienveillance, le service informatique de la commune a même installé un Hub Ethernet, pour pouvoir y brancher d’autres PC (portables, de visiteurs, de stagiaires…)

Je pouvais donc sereinement me lancer dans de nouveaux projets: Ecriture collaborative (des élèves en difficulté commencent même à écrire depuis leur domicile sur nos pages d’écriture collaborative), Webr@dio, twittclasse, Blog PfisTIC…

Oui mais voilà… L’enseignant innovant est un hors-la-loi !

Et oui, il y avait bien deux prises Ethernet au mur (même plus avec le Hub), mais pour y connecter… 1 ordinateur ! Et oui, car il n’y a qu’une seule prise électrique, et «sinon il faut faire des travaux électriques, et rajouter une armoire électrique…tadada tadada…»

Et voilà que les PC du fond de la classe sur lesquels les élèves écrivent, enregistrent leurs textes pour la webr@dio, apprennent à rechercher sur internet, devaient commencer à produire de nouveaux Petits Dictionnaires des P@reils, font à nouveau de moi un hors-la-loi…

Alors… Se rabattre sur le TNi au moins? Mais non! Vous comprenez, «tous ces câbles, ce n’est pas aux normes, on ne peut pas laisser ça !» «Demandez donc à vous faire installer un autre TBi où tout est au mur, et ce sera réglé.» Ah, il suffirait donc de demander ?

Et alors, une solution ? «Laissez tous ça et allez faire ça dans la salle informatique de l’école.» Seulement voilà, l’innovation pédagogique, ce n’est pas que des TICE, je travaille avec beaucoup d’autres objets, du papier aussi (si si !) et il n’y a pas de TNi dans la salle informatique…

Voilà donc comment je suis condamné à rester un hors-la-loi, parce que je crois en mon travail, et que les élèves avec lesquels je travaille y croient aussi. Il me faudra donc de nouveau travailler avec mon matériel portable personnel, et pour ne laisser aucune trace de câble, brancher sournoisement des ordinateurs portables récupérés et réparés par mes soins (merci aux complices qui souhaitent encore nous y aider, dont je ne dévoilerai pas le nom pour les protéger), pour que les élèves, qui me demandent déjà s’ils pourront continuer à travailler comme cela l’année prochaine, puissent tout simplement vivre au quotidien ce fameux I de ECLAIR.

ECLAIR… Il y a la vitrine, et le quotidien…

 

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3 réponses à Innovation pédagogique ? Le quotidien d’un hors-la-loi…

  1. Bernard-Yves Cochain dit :

    Cher David

    Merci de ce beau moment (monument) d’humour qui rappelle que le plus important est l’avenir des élèves.
    J’espère que toi et d’autres continueront longtemps à introduire en fraude la vie en classe. Je connais des enseignants qui ont acheté leur SMART Board sur leur argent personnel (je ne réduis pas la vie au SMART Board, c’est juste un exemple de motivation).
    Ce sont les descendants de ceux qui apportaient leur ordinateur en classe et bien avant des Freinet et autres militants pour le développement d’adultes responsables et avisés plutôt que pour l’élevage de chair à canon ou à usine.

  2. Anyssa dit :

    Bienvenue dans le clan des hors-la-loi numériques ! Notre inspectrice nous a à plusieurs fois signifié l’interdiction de brancher plus d’un appareil électrique sur une prise, assortie à l’interdiction d’utiliser des multiprises.
    Oui, mais voilà : dans la classe, il y a deux prises, une à côté du tableau, l’autre à l’autre extrémité de la classe. J’en suis donc réduite à brancher : un ordinateur, un vidéo-projecteur, des enceintes, un lecteur DVD parfois, mon mini-portable, une prise CPL… sur une multiprise branchée à la fiche du tableau. Si je choisissais de répartir les appareils branchés sur les deux fiches, cela nécessiterait de faire circuler des fils électriques au milieu de la classe. Pas plus sécurisant !

    Voilà comment je suis une hors-la-loi depuis des années. Mais je refuse de dissimuler cette installation clairement « bancale » lorsque la commission de sécurité passe : il serait temps que les municipalités permettent aux écoles de vivre avec leur temps.

  3. Hélène Ormières dit :

    Bravo pour ce travail . Je suis particulièrement intéressée. Parce que sur des terrains comme Madagascar et l’Afrique . Il faut aussi faire au mieux avec les moyens du bord..
    Et les materiels sont à partager . Donc plus c’est mobile mieux c’est .

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